Histoire du site

Le site de Briga est localisé sur la commune d’Eu (canton d’Eu, arrondissement de Dieppe), située aux confins septentrionaux du département de la Seine-Maritime, au lieu-dit Bois-l’Abbé. L’agglomération antique s’étend sur une soixantaine d’hectares minimum. Les vestiges archéologiques sont implantés en position dominante, sur un plateau très étroit entre la vallée de la Bresle et le vallon de Saint-Pierre-en-Val.

A la fin de la période protohistorique plusieurs peuples gaulois (Ambiani au nord, Bellovaci à l’est et Caletes au sud) se côtoient aux confins du nord de la Seine-Maritime, sans que leurs zones d’influence respectives soient, au vu des données actuelles, clairement définies. De petits peuples plus modestes, « clients » des premiers, y sont installés comme peut-être les Bellobassi entre les sanctuaires de Fesques (Seine-Maritime) et de Digeon à Morvilliers-Saint-Saturnin (Somme) et vraisemblablement les Catuslougi dans la partie basse des petits fleuves côtiers Bresle et Yères. C’est ce dernier peuple, cité par Pline l’Ancien (Naturalis Historia, IV, 31), que l’on retrouverait sur les inscriptions dédicatoires de la basilique, du théâtre et d’un temple gallo-romains au Bois-l’Abbé.

Après la conquête romaine, le site se trouve en Gaule Belgique. Située à 9 km de l’embouchure de la Bresle, la ville antique de Briga, contrôle le cours inférieur de ce petit fleuve côtier, vraisemblablement navigable depuis la mer à cette époque, au moins jusqu’à Eu.

Au VIe siècle, elle entre dans le pagus Tellao (Talou) et, vers l’an mil, le Talou est divisé en trois : le comté du Talou (Arques), le comté d’Eu et celui d’Aumale.

Ce site, qualifié il y a encore quelques années de « grand sanctuaire », est maintenant reconnu par de nombreux chercheurs comme une agglomération de mieux en mieux perçue. Bien des investigations restent encore à mettre en œuvre pour en comprendre les origines qui semblent plutôt anciennes (peut-être l’Âge du bronze). C’est en tout cas dans le courant du second Âge du fer que l’activité humaine se développe en continu. Peu après la Conquête, le lieu semble aménagé en bourgade sur quelques 4,5 hectares, enceinte par un système défensif. A la même époque, probablement à la fin de la première moitié du Ier siècle de notre ère, un lieu de culte implanté dans la partie haute de cet enclos fait l’objet d’une première monumentalisation en dur. D’autres se succèderont en trois grandes phases dont la plus ostentatoire se met en place au début du IIIe siècle. Dans ce grand programme architectural est édifiée, entre-autre, une basilique de 68 par 17 m, implantée dans l’axe du « Grand Temple » et insérée pour un cinquième dans le centre cultuel. A ce jour, la vocation de ce bâtiment apparait multiple : halle en lien avec une place, lieu de rassemblements divers, lieu de cérémonies d’ordre public mais aussi religieux. Entretenant un lien fort avec la sanctuaire, elle contribue à une mise en scène du lieu de culte. Elle participe également à une possible « exposition » de statues ou bustes de personnages importants. Il apparaît de plus en plus évident que le centre monumental ait aussi un lien avec le théâtre ; dans l’état actuel des recherches, ce dernier n’existerait qu’à partir du début du IIe siècle.

Dès les années 60, l’enclos fortifié se vide de toute construction, et les éléments constituant son aspect défensif sont ensuite pour partie abattus et/ou comblés afin de donner le jour à une place, fermée par un mur sur l’extérieur duquel sont accolées des dizaines de petites unités bâties. L’ensemble du pourtour extérieur est, semble-t-il, longé par une voie. L’habitat migre en périphérie de l’enclos fortifié et donne naissance à une agglomération qui atteindra une soixantaine d’hectares. La fouille partielle du quartier nord illustre ces propos.

L’occupation de la ville de Briga s’éteint rapidement à partir du dernier quart du IIIe siècle. Elle fait ensuite l’objet d’occupations très ponctuelles, pour partie liées à la récupération des matériaux (en particulier sur les monuments) et ce jusqu’au haut Moyen Âge.

Rédigé par Étienne Mantel et Stéphane Dubois.